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L'article IMAGINE : 5G à toute vitesse vers le désastre ? Un monde qui va encore plus vite. C’est en substance ce que nous promettent les aficionados de la 5G, cette nouvelle norme de communication numérique. Des données traitées à une vitesse dix à cent fois supérieure à celle de la 4G, jusqu’à cent fois plus d’appareils connectés en un même point, le saut quantitatif promis est gigantesque. Et l’aller-retour d’une information sera de l’ordre de la milliseconde, imperceptible par l’humain. Petit voyage dans le monde merveilleux de la 5G et de l’univers numérique qui l’accompagne.


« Avec la 5G, nous allons passer de la route nationale à l’autoroute sans limitation de vitesse, s’inquiète Anne-Sophie Jacques, journaliste et co-autrice de Déclic. Comment profiter du numérique sans tomber dans le piège des géants du web (Les Arènes). Alors même que tout nous dit la nécessité écologique, sociétale et politique de ralentir, allons-nous mettre en œuvre une technologie qui va pousser à une accélération terrible ? »  « La vitesse, c’est le défi », affirme de son côté une publication du Centre Jean Gol, le centre d’études du Mouvement réformateur, qui détaille les promesses de la nouvelle norme : développement des opérations chirurgicales à distance, des villes, écoles et maisons intelligentes, des voitures autonomes, des fermes et des productions agricoles intelligentes, une nouvelle génération de robots mobiles et collaboratifs dans l’industrie, pour une société plus sûre et plus efficiente, réduisant ses émissions de CO2 et sa consommation d’énergie… «  C’est vrai qu’il s’agit d’une véritable rupture, avec une interconnexion généralisée et planétaire, entre humains, entre machines, entre humains et machines, qui ouvre la porte à l’Internet des objets (IdO) et l’intelligence artificielle, c’est un saut anthropologique  », estime Paul Lannoye, président du Grappe (Groupe de réflexion et d’action pour une politique écologique). Mais, lisant les mêmes annonces dans des déclarations du récent Forum économique mondial de Davos, l’ex-parlementaire européen y perçoit « un véritable discours de foi dans la technologie proche d’un évangile  ». Pour le physicien, comme pour beaucoup d’autres opposants à cette nouvelle technologie, la 5G est bien plus porteuse d’inquiétudes que d’espoirs, que ce soit en termes d’environnement, d’énergies, de ressources, de santé, ou de société.  Mais ces questionnements sont pourtant très peu entendus. « Ces objets technologiques qui nous entourent, personne ne nous a jamais demandé notre avis quant à leur présence, remarque Anne-Sophie Jacques. La 5G mériterait un vrai débat citoyen, et pourtant elle nous est encore une fois imposée sans qu’on nous demande quoi que ce soit. » 

En  termes de société, ce que nous promet la 5G est une hyperconnexion permanente et en tous lieux. Plus de zones blanches, plus de ralentissement. Et c’est comme si elle s’imposait comme une évidence : en Belgique, où l’absence de gouvernement fédéral empêchait toute avancée, le monde des entreprises et nombre de politiques s’élevaient ces derniers mois contre ce « retard », menaçant la Belgique et particulièrement Bruxelles de rater le train du progrès. « Aucun parti n’est courageux sur cette question, constate Stephanie D’Haenens, chargée de mission à Inter-environnement Bruxelles. Alors qu’à gauche de l’échiquier ils sont personnellement convaincus que c’est une vraie cochonnerie, ils ne s’y opposent pas parce qu’il faut ‘‘rester dans la course’’. » N’y a-t-il personne pour questionner cette fuite en avant, pour discuter de la finalité de ces technologies, du modèle de société que nous désirons ? «  C’est comme un seau, compare Grégoire Wallenborn, physicien et philosophe à l’IGEAT (ULB). Il est rempli de pierres, puis on y met des graviers, puis des gravillons, puis du sable… et aujourd’hui de l’eau ! La 5G c’est ça, cette idée de fluidité, de société liquide. Et nous qui croyions avoir une vie bien remplie, on va nous montrer qu’on peut en faire encore plus ! » Pour le philosophe de l’UCLouvain Mark Hunyadi, auteur de La tyrannie des modes de vie (2015) et de Le temps du post-humanisme (2018), nous sommes intimement plongés dans un système « profondément libidinal », qui s’adresse à notre plaisir, avec pour objectif d’abolir nos hésitations (lire p.24). « C’est vrai que tous ces outils sont extrêmement plaisants, pratiques, fluides. Cela produit un effet de fascination, et il est très difficile de revenir en arrière sur ce type d’acquis. Le numérique permet l’accomplissement par la technique du capitalisme libidinal, auquel nous adhérons par le plaisir, passivement, par défaut. C’est tout à fait redoutable ! » 

Retrouvez le dossier complet dans le Magazine Imagine Demain le Monde, n°138 (Mars-Avril 2020) - Disponible en librairie

Au sommaire de ce numéro, retrouvez également

  • La labo : TADA, des rêves et des métiers 
  • Politique : Changement d'heure : la der des ders ? 
  • Sciences : Réensauvager la moitié de la terre !
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