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L'ARTICLE IMAGINE : Malines, devenir neutre en carbone Peut-on être, dans une économie mondialisée, une ville dynamique et prospère tout en prenant la pleine mesure de l’enjeu climatique ? C’est toute la difficulté de l’expérience malinoise. Depuis une décennie, Malines est avec Gand et Louvain la ville de Belgique qui fournit le plus d’efforts pour réduire son empreinte carbone. Non sans difficultés.


Quand on arrive à Malines, même un matin humide et froid, on ne peut qu’être impressionné par le faste d’une cité qui fut dès le Moyen-Age l’une des plus florissantes du nord de l’Europe. L’ancienne capitale des Pays-Bas (de 1480 à 1530) s’enorgueillit d’un patrimoine somptueux. De la Grand-Place, qui pourrait presque rivaliser avec ses consœurs bruxelloise et brugeoise, aux deux béguinages, où le temps semble s’être figé depuis plusieurs siècles, en passant par les fières maisons gothiques qui bordent la Dyle, l’architecture locale a conservé bien des vestiges d’un passé de prestige.

Le promeneur l’apprécie d’autant mieux que le calme y règne. Les autorités malinoises ont imposé un plan de mobilité radical, plaçant de nombreuses rues du centre-ville en zone autoluw (« à l’abri des voitures »). Toute circulation motorisée y est interdite de 11 à 18 heures, sauf dérogation. Quelques minutes avant que les onze coups sonnent à la cathédrale Saint-Rombaud, c’est donc un saisissant couvre-feu qui semble recouvrir la ville. Un silence déroutant pour le visiteur venu de Bruxelles ou de Liège s’ensuivra jusqu’en début de soirée. 


Grise et triste

Dès 1995, Malines (85 000 habitants) avait été pionnière en devenant la première grande ville belge à introduire une « zone 30 ». Pour autant, rares sont les observateurs qui auraient eu alors l’idée de la prendre en modèle. Bien loin de sa splendeur passée, Malines trainait une réputation de ville grise et triste, à l’atmosphère tendue. On y disait la sécurité mal assurée. La localité présentait la particularité de compter parmi les plus multiculturelles de Belgique, avec notamment une importante communauté marocaine, tout en étant un bastion de l’extrême droite. Le Vlaams Belang y avait obtenu, aux élections régionales de 2004, l’un de ses meilleurs scores de Flandre : 32 % des suffrages. 

Cette page noire est à présent tournée, et cela se reflète dans l’atmosphère indéniablement conviviale qui règne en ville. « Celui qui revient à Malines après quinze ans d’absence ne peut qu’être frappé par la multiplication des petites places agréables, des magasins attractifs, note Serge de Gheldere, fondateur du bureau de consultance FutureProofed, qui a assisté les autorités malinoises dans leur plan de transformation. La question de la mobilité était épineuse, il a fallu trouver des solutions d’aménagements qui n’étaient pas que symboliques : concevoir tout un maillage de pistes cyclables, étoffer le réseau de bus, pour convaincre les gens de venir dans le centre autrement qu’en voiture. »

Le changement a été incarné par Bart Somers, bourgmestre depuis 2001. Ancien ministre-président de la Région flamande, ce libéral s’est notamment distingué par son approche très ouverte des questions de diversité, à l’opposé de l’aile droite de son propre parti. En 2017, son action a été récompensée par le prestigieux World Mayor Prize, décerné tous les deux ans par un think tank londonien. Depuis son entrée en fonction, notait le jury, Bart Somers a « transformé une ville plutôt négligée en l’un des lieux les plus attrayants de Belgique », tout en jouant « un rôle modèle pour l’intégration ».

A ses côtés, Malines compte une autre personnalité politique de poids en la personne de Kristof Calvo, étoile montante des écologistes flamands, chef de groupe Ecolo-Groen au parlement fédéral. L’entente entre les deux hommes est si bonne qu’ils ont uni leurs forces sous la bannière Stadslijist (« liste pour la ville ») aux scrutins communaux de 2012 et 2018.

La vraie tête pensante de la transition écologique à Malines se nomme pourtant Marina De Bie. Cette ancienne professeure de sciences, militante écolo de la première heure (elle a adhéré à Agalev, l’ancêtre de Groen, en 1988), est depuis 2012 l’échevine du climat, du développement durable, de l’énergie et des relations Nord-Sud. « C’est la première fois que ces attributions étaient regroupées au sein d’un échevinat spécifique, explique-t-elle. Cela témoignait d’une volonté véritable de faire la différence sur ces enjeux-là. » Six ans plus tard, plusieurs résultats ont été engrangés. Les autorités malinoises ont par exemple initié un mécanisme d’achat collectif pour les habitants d’une même rue désireux de rénover ou d’isoler leur maison. Une façon de faire baisser le prix d’achat des matériaux, tout en motivant les citoyens à optimiser les paramètres écologiques de leur logement. 

La Ville a également dégagé un budget pour subsidier toute initiative citoyenne qui aide à la transition vers une ville décarbonée. Cela concerne aussi bien la création d’un poulailler collectif (pratique pour éliminer les ordures ménagères tout en offrant au quartier des œufs bio), qu’une opération de collecte et de réemploi des déchets plastiques, le verdissement d’une rue, ou encore le lancement d’une bibliothèque à outils permettant à tout un chacun d’emprunter des foreuses, des machines à détapisser ou à poncer… Au total, en deux ans, vingt-huit projets ont été soutenus, pour un montant total de 100 000 euros. « Cela crée une dynamique dans la ville, mais ça renforce aussi la cohésion sociale, car ces projets incitent les gens à se rassembler », se félicite l’échevine.

Par-delà les mesures ponctuelles, l’un des traits marquants de l’expérience malinoise réside dans la méthode. La Ville procède en effet, depuis 2011, à une évaluation chiffrée de ses émissions de CO2, que celles-ci proviennent des habitants, des entreprises ou des pouvoirs publics. Ces données sont publiées presque en temps réel sur un « tableau de bord », accessible sur Internet. Là réside toute l’ambition (mais aussi la part de danger) de la politique menée par Bart Somers et son équipe : ne pas se servir du climat comme d’un argument de city-marketing, mais poursuivre l’objectif concret de devenir une ville klimaatneutraal (« neutre pour le climat »). Avec le risque d’étaler au grand jour son impuissance à l’atteindre.

Or que disent les chiffres ? En milliers de tonnes de CO2 par an, les émissions malinoises sont passées de 582 en 2011 à 530 en 2012, 546 en 2013, 589 en 2014, 558 en 2015, 541 en 2016, 547 en 2017. L’estimation est de 555 pour 2018. Cela signifierait une hausse pour la deuxième année consécutive. Bref, Malines est hors des clous si elle veut atteindre l’objectif fixé : 466 000 tonnes en 2020, soit une diminution de 20 % par rapport à 2011. Ces résultats en demi-teinte s’expliquent. De 2011 à 2015, Malines a réussi à réduire de 6,4 % ses émissions de CO2, alors que la population croissait de 3 %, et le nombre d’emplois de 7 %. Ces deux derniers chiffres témoignent de l’attractivité retrouvée de la ville, mais ils compliquent aussi la transition vers une ville neutre en carbone. 



Impulsions décisives

Les pouvoirs locaux éprouvent par ailleurs les limites de leur propre capacité. Notamment en matière de mobilité, principal point noir sur le tableau de bord malinois. Celle-ci représentait 166 000 tonnes de CO2 en 2011, 169 000 en 2017. « En tant qu’autorités locales, notre mission est de montrer qu’il est possible d’avancer dans la bonne direction, commente Marina De Bie. Mais les impulsions décisives doivent venir des gouvernements et des grandes entreprises. Revoir les avantages fiscaux accordés aux voitures de société, ou moderniser les chemins de fer belges, ce ne sont pas des décisions qu’on peut prendre depuis l’hôtel de ville de Malines. » Cela n’empêche pas l’échevine de mener une politique active pour inciter ses habitants à recourir aux voitures partagées, notamment via la plateforme Cambio.

« La ville, c’est une très bonne échelle pour montrer aux gens qu’il est possible d’obtenir des résultats tangibles en faveur du climat, complète Serge de Gheldere. Mais si on veut vraiment respecter la trajectoire d’une réduction de 30 % de l’empreinte carbone à l’horizon 2020, il faut un gouvernement qui imprime la direction, qui oriente l’innovation dans ce sens-là. Il ne suffit pas d’avoir un Somers ou un Calvo populaires dans leur ville de Malines. »

Ce fait-là, au moins, est incontestable : Bart Somers et Kristof. Calvo n’ont pas vu leur popularité s’éroder depuis qu’ils ont inscrit Malines dans un horizon « zéro carbone ». Leur Stadslijst a recueilli 47,7 % des voix aux élections locales d’octobre dernier, loin devant la droite nationaliste de la N-VA (16,4 %), l’extrême droite du Vlaams Belang (9,6 %) et les chrétiens-démocrates du CD&V (9,2 %). Au sein même de la liste mayorale, le rapport de forces penche en faveur des verts : treize élus Groen, dix Open VLD, deux indépendants. Voilà qui donne du crédit ce qu’observait déjà Jean-François Caron, le maire de la commune française de Loosen-Gohelle, dans le précédent numéro d’Imagine : « L’écologie n’est pas forcément une machine à perdre les élections. »

Navettes-shopping et fietsapplaus

« L’ancien Premier ministre britannique Tony Blair a souvent justifié l’inaction par un décalage entre la réalité politique et la réalité climatique, rappelle Serge de Gheldere. Quand il était ministre belge du climat, Bruno Tobback a tenu des propos similaires, déclarant que de nombreux dirigeants étaient conscients de ce qu’il fallait faire pour sauver la planète, mais que si un gouvernement appliquait ce programme, il serait laminé aux élections. Moi, je suis convaincu que ce n’est pas du tout vrai. En cela, le cas de Malines est très encourageant, car il démontre que les électeurs sont prêts à récompenser des politiques audacieuses, visionnaires. » Par contre, le temps politique est un temps très lent. C’est une contrainte avec laquelle les autorités locales doivent composer au quotidien, y compris pour de micro-décisions. Ainsi, lorsqu’elles ont décrété que les principales artères du centre ville seraient chaque samedi interdites aux voitures, celles-ci ont dans le même temps offert aux habitants une « navette shopping » : toutes les huit minutes, un taxi quitte les parkings situés en périphérie et dépose gratuitement ses passagers pile devant l’hôtel de ville. Pendant des mois, cette solution n’a convaincu qu’un nombre minime de Malinois. Elle est aujourd’hui un franc succès : environ 1 300 personnes y recourent le samedi. Il fallait simplement laisser du temps à l’idée pour qu’elle s’impose.

« Je sais que ma base écologiste considère que nous devrions être plus radicaux, soupire Marina De Bie. Mais faire table rase du passé, ça ne marche pas. Depuis 2012, on n’a pas arrêté de restreindre la place de la voiture en ville. C’est un mouvement continu, on étend sans cesse la zone ‘autoluw’. Mais on le fait tronçon par tronçon, pas en une seule fois. Si on procédait de façon radicale, on prendrait toutes les protestations de face. Il faut travailler de façon positive, constructive. C’est comme ça qu’on convainc. D’ailleurs, si on en revenait maintenant aux règles de circulation d’il y a cinq ans, ce sont les électeurs qui nous sanctionneraient. » Problème : le climat, lui, n’attend pas. « Au début des années 2000, je pensais que la transition se ferait beaucoup plus vite, confesse Serge de Gheldere. On est presque vingt ans plus tard… Si on veut être lucide, on doit reconnaître qu’on va probablement rater le train. Les signaux ne sont pas bons. Idéalement, pour garder une probabilité raisonnable de limiter le réchauffement à 1,5 degré, on devrait réduire les émissions de CO2 de 6 à 7 % par an. Cela, aucune ville en Belgique n’y parvient, pas même Malines et Louvain, pourtant les plus volontaristes en la matière. »

Ce constat pessimiste n’empêche pas les citoyens de se mobiliser. L’association Mechelen Klimaatstad (Malines ville pour le climat) a vu le jour quand un groupe d’amies, ébranlées après avoir vu le film d’Al Gore, Une vérité qui dérange, ont voulu organiser une projection publique à destination de tous les Malinois. « Par la suite, on s’est dit qu’on ne voulait pas seulement diffuser un film, mais aussi poser des actes », raconte Sofie Bouteligier, 35 ans. Un pique-nique végétarien a suivi, puis des « cafés de la transition », une fois par trimestre…

L’association est aussi à l’origine du fietsapplaus, qui consiste à applaudir, un matin par mois, les cyclistes se rendant à leur travail ou à l’école, comme s’ils étaient des champions du Tour de France. Un concept original qui a entre temps essaimé dans d’autres villes belges. « Le principe est super simple, mais ça a vraiment un effet. Les cyclistes applaudis sont très contents. Quant aux bénévoles qui participent à l’action, ils repartent chez eux galvanisés, encore plus enthousiastes à l’idée d’agir pour le climat. Cela montre qu’à côté des actions de grande envergure, énergivores et longues à mettre en œuvre, on peut aussi faire plein de trucs très simples. » L’association Klimaan atteste elle aussi du dynamisme de la société civile malinoise. « Il y a deux ans environ, on a voulu créer un nouvel outil pour accélérer la transition vers une ville neutre en carbone, explique Elise Steyaert, 27 ans. En Flandre, il existe déjà plusieurs coopératives dans le domaine des énergies renouvelables. Mais il nous semblait nécessaire de lancer un mouvement purement malinois, notamment parce que la transition, c’est bien plus large que la seule question de l’énergie. Nous pensons que l’air, l’eau et la terre doivent être envisagés comme des biens communs. »

Klimaan compte une centaine de membres. « Des gens de tous âges, dont beaucoup se sont toujours tenus à l’écart de tout engagement écologique, mais qui veulent maintenant agir. » Parmi les projets en cours de gestation : la création d’une coopérative qui mobiliserait l’épargne des membres pour des projets collectifs durables. Le lancement d’une monnaie locale est également à l’étude.

Comme Sofie Bouteligier, Elise Steyaert se préoccupe toutefois de la lenteur avec laquelle les autorités locales mettent en marche la transition. « Malines s’en tient à l’objectif d’une réduction de 40 % des émissions de CO2 à l’horizon 2030, alors qu’on pourrait être encore beaucoup plus ambitieux. » Elle identifie en outre trois insuffisances. « Il faut multiplier les éoliennes, un potentiel sous-exploité à Malines, renforcer les économies d’énergie dans les bâtiments publics, et multiplier les alternatives à la voiture, car sur le périphérique, c’est encore le règne du tout-à-l’auto. » Elise rêve d’organiser en 2019 un common congress, qui fédérerait toutes les coopératives et associations malinoises. « Là, on deviendrait incontournable et on obligerait la Ville à bouger ! »


À retrouver dans le numéro de mars & avril

  • Les innovations démocratiques : un dossier de 14 pages! 
  • Reportage à Dunkerke, là où les transports en commun sont gratuits !
  • Un entretien avec Russel Banks, l’écrivain migrateur
  • La sylvothérapie : quand la forêt fait du bien !


Imagine Demain le monde est un magazine belge francophone bimestriel. Il traite de sujets liés à l’écologie, aux questions de société et aux rapports Nord-Sud. Il s’inscrit dans le courant « slow press » et porte un regard libre et non-conformiste sur le monde d’aujourd’hui et de demain. Il propose une information à la fois innovante et critique, qui explore les voies d’un autre modèle de développement et cherche des alternatives positives pour répondre aux grandes questions de société.

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